Voici, en très simplifié, ce que j'ai compris ce jour-là.
1. Vos yeux ne pleurent pas. Ils sont secs.
À la ménopause, le corps produit moins d'œstrogènes. Or les œstrogènes participent au bon fonctionnement des glandes de Meibomius — de petites glandes qui sécrètent la couche grasse du film lacrymal (oui, vos larmes contiennent une couche d'huile, qui les empêche de s'évaporer trop vite).
Quand ces glandes fonctionnent moins bien, le film lacrymal devient instable. Les larmes s'évaporent vite, l'œil sèche.
Et là, le réflexe du corps face à un œil qui sèche, c'est de produire plus de larmes en compensation.
C'est ce qu'on appelle, en pharmacie, le paradoxe de l'œil sec qui pleure. L'œil n'a pas trop de larmes. Il en a trop peu, et il essaie d'en fabriquer plus en urgence — mais ces "larmes de compensation" sont incomplètes et débordent par les coins de l'œil au lieu de tenir le film lacrymal.
C'est pour ça que mes yeux pleuraient sans que je sois triste. Mes yeux larmoyaient. Ce n'est pas du tout la même chose.
2. Le waterproof n'est pas water-proof. Il est lipid-vulnérable.
Et c'est là que Sophie m'a expliqué la deuxième révélation.
Les mascaras "waterproof" sont conçus pour résister à l'eau. Ils utilisent des cires et des pigments hydrophobes. Ça marche très bien si on saute dans une piscine.
Mais ce n'est pas ce qui se passe sur l'œil mature.
Sur l'œil mature, les larmes contiennent une couche lipidique (huileuse). Et les formules waterproof, qui sont conçues pour résister à l'EAU, ne résistent pas aux LIPIDES. Au contraire — elles se solubilisent dedans.
Résultat ? Les pigments waterproof, déposés sur mes cils le matin, se mélangent au cours de la journée avec la couche grasse de mes larmes compensatoires. Et ils migrent. Lentement, sûrement. Vers le bas. Vers les ridules. Vers le creux du cerne.
Et là, ils restent. Imprégnés dans la peau fine de la paupière inférieure.
C'est pour ça que j'avais du noir à 16h. Ce n'est pas mon œil qui pleurait. C'est mon mascara qui se noyait dans la couche grasse de mes larmes.
3. Le waterproof = démaquillage agressif = cils arrachés.
Et ce n'était pas fini. Sophie a continué.
"Le pire avec le waterproof, ce n'est pas qu'il coule. C'est ce qu'il vous oblige à faire pour le retirer."
Pour démaquiller du waterproof, il faut un démaquillant biphasé (à base d'huile), et il faut frotter. Sur la peau fine de la paupière, à 60 ans, ce frottement répété tous les soirs, sur des années, étire la peau et arrache les cils.
"Vous me dites que vos cils tombent. Madame Isabelle, c'est très probablement votre démaquillage qui les arrache, pas l'âge qui les fait tomber."
J'ai eu un blanc.
5 ans à m'arracher les cils sans le savoir.
5 ans à blâmer ma propre physiologie.
5 ans à acheter le mauvais produit, en pensant qu'il allait régler un problème qu'il aggravait à l'origine.